Édition du jeudi 27 mai 2010
Midi Libre
Carcassonne. Affaires Brousses-et-Villaret rattrapé par ses démons
RAPPEL : En février 2009, l’ancien maire a été jugé en correctionnelle

Deux ans après la démission de Pierre Inard, maire de 1977 à 2008, condamné depuis par la justice (lire ci-dessous) , Brousses-et-Villaret est rattrapé par ses vieux démons. En cause, des factures douteuses portant, pour l’essentiel, sur des travaux réalisés entre 2000 et 2005 sur les églises de Brousses et du Villaret .
Dans ce hameau, Danièle Nicolaou, maire, a même dû faire fermer l’édifice, en mai 2009, en raison de son « état de délabrement » et d’un toit qui « menace de s’effondrer » . Coût de la remise en état : 70 000 €. A Brousses aussi, de gros travaux (39 000 €) doivent être engagés, du fait d’infiltrations récurrentes.
Et pourtant ! Au vu des factures retrouvées dans la comptabilité municipale, de nombreuses interventions – certaines subventionnées par l’État ou le conseil général – ont été réalisées par un maçon du village, par ailleurs conseiller municipal depuis 1983. Danièle Nicolaou l’a donc invité, le 8 mai dernier, à faire intervenir sa garantie décennale. C’est ainsi que trois élus ont recueilli les singulières déclarations de leur collègue, réitérées le 10 mai en présence, cette fois-ci, de huit élus. En substance : « Les travaux sur l’église de Brousses, comme ceux sur celle du Villaret, je ne les ai jamais effectués. Ces factures sont fausses : c’est à la demande de l’ancien maire qu’elles ont été établies, pour toucher des subventions » (*) .
En étudiant attentivement les comptes archivés, les élus ont, à ce stade, chiffré à plus de 38 000 € les interventions de leur collègue sur les deux églises, entre 2000 et 2005. Mais ils sont également tombés sur quelques « perles » : des délibérations attribuant des chantiers à cet élu sans mise en concurrence préalable ; un courrier signé par l’ancien maire, en 2005, invitant un autre entrepreneur à faire une fausse facture ; une autre facture, plus ancienne, mentionnant la pose de tuiles canal sur le toit de l’église de Brousses, alors que celui-ci est en ardoise – « J’ai pas été bon, j’aurais pu faire mieux », a concédé le maçon – ; une autre, encore, datant de 2007, pour la réalisation de murets en pierres sèches ornant la fontaine du village, alors que les travaux ont été faits par un employé municipal…
Comme le dit Danièle Nicolaou, « on ne reproche rien à cet élu, c’est lui qui nous a avoué avoir fait des fausses factures. Mais ce sont des deniers publics qui ont été utilisés. On aimerait savoir où ils sont passés ». La justice va être prochainement saisie, pour faire toute la lumière sur ces douteuses factures.

Vincent BOILLOT
(*) Sollicité par Midi Libre , cet élu, qui bénéficie de la présomption d’innocence, n’a pas donné suite.