Édition du vendredi 29 octobre 2010 Midi Libre

Narbonne L’Office HLM porte plainte contre son ancien directeur

Le président de l’OPH dénonce des erreurs de l’ancienne gouvernance. Il confirme la plainte contre l’ancien directeur général et n’exclut pas de l’étendre à Michel Moynier.

Ils ont longtemps gardé le silence. Jean Fabre et Serge Abad-Gallardo, respectivement président et directeur général de l’Office public de l’Habitat (OPH) ont pris, hier, la parole, pour faire un tour d’horizon musclé sur les HLM.

Accompagnés du chef comptable de l’office, Jacky Meo, les deux patrons de l’OPH ont renvoyé, chiffres à l’appui, la responsabilité de la situation financière critique sur l’ancienne gouvernance. « J’ai hérité d’un champ de ruines, commente Jean Fabre, un parc locatif dégradé, parfois hors des normes du logement décent (300 logements sans

chauffage au Pastouret et quai de Lorraine), une situation financière très fragile et un office inadapté ».

Pour renvoyer les difficultés de l’office à cet héritage, Jean Fabre pointe « une gestion dangereuse » en appuyant sa démonstration sur un rapport de 2008 de la Fédération des offices publics de l’habitat, un autre de la Milos et, bien sûr, les conclusions de la Chambre régionale des comptes (CRC), publiques depuis lundi. « Financièrement, la situation de l’office se dégrade, notamment, durant la période 2005-2008 » commente Jean Fabre, qui relève, plus largement, un recul continu de la capacité d’autofinancement depuis 2001.

Au total, résume-t-il, « sur l’ensemble de la gestion Moynier-Millet-Montès (NDLR : respectivement ancien président, conseiller administratif et financier, directeur de l’office), la capacité de l’office à générer des ressources d’autofinancement, c’est-à-dire sa capacité à la stabilité et à la pérennité financière, a chuté de 335 % en 7 ans soit en moyenne près de 50 % par an ! »

Jean Fabre et Serge Abad-Gallardo reviennent sur les principales critiques des magistrats concernant l’ancienne gestion, déjà détaillées dans ces colonnes (Midi Libre des 23 et 24 septembre derniers).

En insistant sur la question des marchés publics, de la « mauvaise gestion des deniers publics », à « certaines pratiques illégales de “localisme” ».

Jean Fabre poursuit : « La CRC pointe de nombreux travaux et prestations réalisés par bons de commandes hors marchés, ce qui a conduit Serge Abad-Gallardo (…) à interrompre toute commande publique d’entretien et le conseil d’administration de l’OPH à déposer plainte pour ce délit pénal ». La plainte sera prochainement déposée et étendue à des faits pouvant relever, selon le président et le directeur de l’OPH, « du délit de favoritisme » en 2007 et 2009 (Midi Libre du 27 octobre dernier). « Elle porte sur des travaux et contrats d’assurances passés sans marchés, il y en a pour 1,7 M€ sur ces deux années », commente Serge Abad-Gallardo. Elle visera essentiellement Jean-Luc Montès. Quant à Michel Moynier (poursuivi, par ailleurs pour diffamation), « ce n’est pas exclu. Notre avocat l’étudie ».

Selon Serge Abad-Gallardo, alors que le nouveau statut du directeur général le placerait seul en première ligne, la responsabilité du président pouvait plus facilement être mise en cause avant 2008.

Patrice Millet aurait, lui aussi selon eux, une part de responsabilité, mais financière. « Messieurs Moynier et Millet, le logement social, ce n’était pas leur tasse de thé, commente Jean Fabre, mais ils avaient la main mise sur cet OPH, c’était leur chose. A l’époque, l’office, c’était une armée mexicaine avec une gestion au jour le jour et des finances qui allaient à vau-l’eau. Plutôt que de donner des conseils aujourd’hui, Solange Millet aurait mieux fait d’en donner à son mari à l’époque… »

Manuel CUDEL