SERVICE CENTRAL
DE PRÉVENTION DE LA CORRUPTION
Rapport d’activité pour l’année 2001
à Monsieur le Premier Ministre
et à Monsieur le Garde des Sceaux,
Ministre de la Justice
Extraits:
Sur un plan politique La corruption semble n’exister encore que pour deux raisons principales : la volonté de certains élus de conserver leur pouvoir à tout prix et des besoins financiers (notamment pour les campagnes électorales) qui n’ont jamais été aussi importants.
Les lois sur le financement des partis politiques et des campagnes électorales ont certes sensiblement amélioré la situation, mais elles n’ont pas réglé définitivement la question. La recommandation qui va être adoptée par le Conseil de l’Europe au second semestre 2002 ne devrait pas non plus permettre d’aboutir à un résultat définitif.
La décentralisation a, en effet, donné aux élus des pouvoirs considérables, sans mettre en place des moyens de contrôle adéquats et sans leur donner des conseils sur l’utilisation de leurs pouvoirs.
Ce sont ces contrôles et ces conseils qu’il conviendrait de développer.
III. – LA CORRUPTION, FACTEUR D’EXCLUSION SUR LE PLAN POLITIQUE
La corruption d’un élu a une incidence certaine sur le développement ou le non-développement économique de sa circonscription électorale. Aussi est-il intéressant de souligner que lorsqu’un élu est convaincu de corruption, l’attitude de ses administrés peut, parfois, être surprenante.
En effet, dans un certain nombre de cas, devenus parfois célèbres, on a pu voir la population prendre fait et cause pour l’élu corrompu contre les juges ou contre les accusateurs et le réélire triomphalement, si bien que l’on a même pu parler, à ce sujet, d’une sorte de « prime à la casserole » pour les candidats lors de certaines élections.
Même si la morale en souffre, ce type de situation témoigne, au moins, de l’existence d’une relation quasi sentimentale entre un élu et ses administrés.
Pourtant, généralement, la découverte du fait qu’un élu a abusé de ses fonctions pour s’enrichir ou favoriser ses amis, rompt le « pacte moral » qui le lie à ses administrés, pacte conclu lors de son élection.
Cette rupture est due à la perte de confiance des uns envers l’autre. Or, la confiance entre élus et administrés est fondamentale dans toute société qui se veut démocratique.
La rupture de ce pacte témoigne donc obligatoirement d’une perte pour la démocratie, puisque l’élu n’est plus le représentant de
ses administrés, mais seulement celui de ses intérêts propres.
Il met la loi à son service au lieu de lamettre au service de ses administrés.
La perte de confiance qui résulte de cette situation est très grave, car elle entraîne une désaffection profonde des électeurs vis-à-vis des affaires de la cité : n’ayant plus confiance les électeurs
laissent faire et se désintéressent de tout : ils s’excluent eux-mêmes de la vie politique.
Ils pensent que tous les élus sont corrompus et que rien ne changera jamais puisque, dans les médias, on ne parle que d’élus malhonnêtes. Ils le pensent d’ailleurs d’autant plus que, bien souvent, la justice est impuissante à prouver l’existence du délit de corruption et doit recourir à des artifices (abus de biens sociaux et recel, notamment).
La corruption contribue à donner à la population une vision désabusée de la classe politique qui engendre à son tour l’apathie électorale.
La désillusion de nombreux citoyens les conduit à ne plus voter, non pas parce qu’ils sont satisfaits du système, mais parce qu’ils ne pensent pas pouvoir le changer.
C’est une explication du fait que, lorsqu’elle en a l’occasion, la partie de la population qui fréquente encore régulièrement les bureaux de vote (entre un tiers et la moitié des inscrits selon les scrutins) peut parfois se rendre aux arguments d’extrémistes ou de démagogues qui s’autoproclament « plus blancs » que les autres.
Des groupes qui ne représentent souvent pas plus du cinquième ou du quart de la population peuvent ainsi réussir à accaparer la direction de la commune, de la région, voire de l’Etat.
La majorité des citoyens se trouve, de la sorte, exclue du fonctionnement de la vie publique parce que les dérives de la corruption ont conduit à sa démobilisation.
Le rapport complet est sur le site de la documentation Française
